Des moulins à vent espagnols dans un brouillard anglais

" L’intention de l’intention créatrice est de tuer l’ego ». Je tombe sur cette phrase parmi les commentaires (toujours bienvenus) à la pensée du jour.
Mais voilà qui me pousse à réagir, tant il me paraît étrange (effrayant, même) d’associer l’intention créatrice à un meurtre : tuer l’ego.
Qu’avez-vous donc à vouloir sans cesse guerroyer, combattre, pourfendre, lessiver ? Je sais bien que nous n’avons été dressés qu’à faire la guerre, tant au dehors qu’au dedans. Dehors mille ennemis, dedans, mille démons à éradiquer, exorciser, flanquer dehors, pour faire quoi ? Le vide ?
C’est quoi, d’abord, l’ego ? Etes-vous capable d’en donner une définition précise ? Si oui, s’il vous plait, je suis preneur, vous me rendrez service. Sinon, vous vous condamnez à combattre des moulins à vent espagnols dans un brouillard anglais !
Moi, je connais le mental – intelligence rationnelle, logique, soucieuse de preuves, de sécurité, de terre ferme sous les pieds. Le mental nous permet de nous adapter au monde, de bâtir tout ce dont nous avons besoin pour ne pas y être trop mal, dans le monde. Le tuer ? Pas question, j’en ai besoin. Par contre, il n’est pas adapté à l’appréhension sensible de la vie. Là, il est nul. Il s’agit donc de l’utiliser à ce qu’il sait faire et de le laisser à la porte quand nous sortons dans le jardin de la vie.
Je connais aussi les mille et un personnages qui peuplent notre monde intérieur, et qui occupent à tour de rôle tout le champ de la conscience : avidité, peurs, infantilisme, colère, juges, coupables, lâches, bons petits soldats, tueurs d’ego, liste non exhaustive, j’en passe. Ce sont ceux qui ne vous plaisent pas, parmi ces pauvres êtres, que vous voulez tuer ? Au nom de quoi ? Au nom de quelle purification ethnique ?
Vous avez un ego ? Un moi-je tout débordant d’avidité ? (tiens, voilà une définition possible). Avez-vous au moins essayé de négocier avec lui, avant d’en venir au meurtre ? Parce que si vous voulez le tuer, ce n’est pas votre être qui le fera, il ignore, lui, les règlements de compte. Ce sera plutôt l’un de vos tueurs travesti en justicier. Vous n’êtes pas sorti de l’auberge ! "
 
(Henri Gougaud)

Article écrit pour Pilote et retrouvé dans des fonds de tiroir

A côté de ce que je vais vous raconter, les bandes dessinées ne font vraiment pas le poids.

 

 Nous mutons, c’est clair. Nous ne sommes plus les mêmes. Autrefois, c’était comme toujours. Aujourd’hui, c’est comme d’habitude. Ce n’est pas pareil. Mais ce n’est pas tout : Autrefois, nous étions tous de grands enfants barbares. Aujourd’hui, il faut aller dans les pays sous-développés ou dans les bidonvilles pour trouver de grands enfants barbares dignes de ce nom. Les grands enfants barbares se font rares dans nos campagnes. Ils mutent, c’est clair. Il y a de quoi s’émouvoir. Mais le plus grave, c’est que nous mutons à tort et à travers. Croyez-moi, j’en parlais l’autre jour avec un général de l’armée de l’air qui faisait son tiercé au même bistrot que moi, croyez-moi, ce qui se passe n’est pas joli-joli.

 

Autrefois, quand le sphynx était examinateur au certificat d’études, il accueillait toujours les candidats par ces mots : “Répondez par oui ou par non. Quelle est la bête qui marche sur quatre pattes le matin, sur deux pattes à midi, sur trois pattes le soir?” - “C’est l’homme, grand couillon”, répondaient les petits oedipes à qui leurs grand’mères avaient déjà appris la devinette, entre deux charades et une histoire grivoise. “C’est l’homme : il marche à quatre pattes quand il est enfant, sur ses deux pieds quand il est adulte, avec une canne quand il est vieux”. Le sphynx les bouffait parce qu’ils n’avaient pas su répondre par oui ou par non, et tout le monde était content. Aujourd’hui, le sphynx a beaucoup vieilli. Il essaie de s’adapter à la situation, mais ça ne marche pas très bien. On le rencontre encore, de temps en temps, aux carrefours, qui demande aux gens : “Quelle est la bête qui roule sur quatre roues le matin, sur quatre roues à midi, sur quatre roues le soir ?” - “C’est nous, répondent les gens. Mais ça ne durera pas”. - “Pourquoi?” dit le sphynx. - “A cause des restrictions d’essence”. Le sphynx a beau leur expliquer que la question est allégorique, qu’il s’agit de l’homme éternel qui roule en landeau quand il est petit, en voiture quand il est grand, en fauteuil à roulettes quand il est vieux, les gens ne veulent rien entendre. Ils ont muté, c’est clair.

 

Et plus profondément qu’on ne l’imagine. Autrefois, un enfant naissait. Il devenait jeune homme, puis homme tout court, puis homme mûr, puis vénérable vieillard, puis cher et regretté grand’papa. Aujourd’hui, prenez un autre enfant, car le précédent est mort : Il devient “un jeune”. il prend de l’âge : il reste “jeune”. Il prend de l’âge, plus de la brioche : il reste “encore jeune”. Il prend de l’âge, plus de la brioche, plus de la tisane le soir : il reste, hé, hé, “toujours jeune”. Il prend de l’âge, plus de la brioche, plus de la tisane le soir, plus une bouillotte : il entre dans le “quatrième âge”. autant dire dans la quatrième dimension. Personne n’entend plus jamais parler de lui. Nous avons muté, c’est manifeste.

 

Mais une grave question se pose : les hommes mûrs, les hommes “d’un certain âge” et les vénérables vieillards disparus de ce monde monotone où l’on ne rencontre plus que des nom de dieu de gens condamnés à la jeunesse à perpétuité, que sont-ils devenus ? Où sont-ils passés ? Je les ai cherchés, et parce que je n’ai reculé devant aucun sacrifice, je les ai trouvés. forcément, il fallait bien qu’ils soient quelque part. On ne disparaît pas sans laisser de traces, de nos jours : ces étranges visiteurs extraterrestres qui viennent nous voir, de temps en temps, dans leurs soucoupes volantes, ce sont eux. Bien sur, nous ne les reconnaissons pas : nous sommes jeunes et ils sont d’un autre âge. Eux non plus ne nous reconnaissent pas : ils ont muté. Ils sont devenus cons comme des balais. C’est triste.

 

C’est bien triste. J’aurais mieux aimé finir sur un éclat de rire mais je ne peux pas : à Pilote, on ne fait pas de politique.

 

Henri Gougaud dans les années 70

 

 

L'atelier selon Marie Faucher

             Atelier vient du mot ASTELLE, qui vient de ASTELA = ÉCLAT DE BOIS, qui a donné ATTELLE, la planche de bois du collier du cheval, là où on attache les traits de l’attelage. Et ATTELER voulait dire « conduire jusqu’au bout ». Entrer en atelier serait comme s’y atteler en faisant partie d’un attelage, pour aller jusqu’au bout d’un chemin, en y étant conduit.

 

            Entrer en atelier nous invite, à partir de notre matière, de notre morceau de bois pour apprendre à le travailler jusqu’au bout, à le transformer en une pièce qui s’adapte aux autres, à rentrer en apprentissage, à se laisser passer au rabot du travail, se faire un peu décaper (ce qui veut dire ôter la chape) le capuchon, se faire décapsuler, décapiter le mental). Se faire raboter les exigences, les impatiences, les précipitations, les prétentions, les vanités et les certitudes un peu vertes.

 

            Entrer dans un atelier, c’est en avoir choisi l’Enseignement, le Guide, le Patron. C’est y avoir été accepté et reçu. C’est d’une part un honneur, et d’autre part l’engagement d’y venir avec une notion d’humilité, d’obéissance, d’assiduité de paysan, ce qui ne veut pas dire manque de caractère et de personnalité, au contraire.

 

            Je ne veux parler que de ce que je connais, un atelier d’architecture dans les années 50.

 

            Le nouveau, l’apprenti apprenait d’abord et longtemps à balayer, allumer le poêle, sans le faire fumer, préparer les jus, nettoyer les pinceaux et les tire-barres. Il devait s’exercer interminablement à des copies, des traits, des barres, des hachures. S’il ne pouvait servir et apprendre à apprendre, il s’excluait de lui-même car c’est que son désir n’était pas à sa place, pas assez chevillé, et qu’il lui manquait les qualités essentielles d’attention, d’endurance et de patience, de bonne volonté, de persévérance en somme. Comme le dit le Yi-King, la persévérance est avantageuse.

 

            Si tous les nouveaux ne devenaient pas Patron, le Patron, lui, avait été nouveau et s’en souvenait.

 

            Il n’était pas question de se pavaner et se vanter de faire partie d’un atelier, mais d’être fier d’en être issu, et puis de rester dans le souci de ne pas faire honte à son nom.

 

            C’est ce que j’ai reçu, compris et gardé du sens d’un atelier et je vous le donne, en toute humilité, comme on me l’a donné, pour que ça ne se perde pas complètement, car ça m’a beaucoup servi. Si ça peut vous servir, j’en dirais grand merci.

 

Marie Faucher

 

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« Oserai-je exprimer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute éducation ? Ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre ». Jean-Jacques Rousseau

(Jean-Jacques Rousseau)

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LA GAZETTE DE L'ATELIER
La voici, la voilà ! Celle que vous attendiez tous ! Elle vient de loin, elle a lutté pour survivre, mais elle n'en est que plus désirable ! Bon appétit !
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Il est minuit, Paris s'éveille

Un documentaire d'Yves Jeuland et des heures d'archives, véritables pépites, sur les cabarets de la rive gauche et les artistes qui y sont nés (Brel, Brassens, Gréco, Perret, Gribouille, Barbara, Ferré, Ferrat, les Frères Jacques, Cora Vaucaire.......Gougaud) :

 http://boutique.ina.fr/dvd/documentaire/arts-et-culture/PDTINA001874/il-est-minuit-paris-s-eveille.fr.html

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Commentaires: 2
  • #1

    Norbert (Thursday, 25 September 2014 15:24)

    Il n'y a qu'un mot après ce stage : merci.
    Merci à la vie de m'avoir mis là à ce moment
    Merci à tous ceux qui y étaient pour ce qu'ils étaient, pour ce qu'ils ont donné
    Merci à Myriam, petit clown, pour sa pétulance
    Merci à Henri pour ce qu'il a partagé, pour ce qu'il partage

    Norbert (devinez lequel)

  • #2

    henrigougaud (Wednesday, 01 October 2014 18:50)

    Henri et le clown te remercient, Norbert Lequel (Le petit suisse ?).
    Ce stage était un vrai bonheur... Bisous !

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Commentaires: 1
  • #1

    ANNIE PEREZ (Tuesday, 11 February 2014 17:52)

    Il u avait le silence et il y eut le cri,
    Au dessus du cri vint le chant,
    Au dessus du chant vint la musique,
    Au dessus de la musique vint le langage,
    Au dessus du langage, la poésie,
    Au dessus de la poésie, quoi ? le silence ?
    Thierry MAULNIER