Les oiseaux de passage

 

Les légendes sont ce que nous avons de plus précieux en ce monde. Elles ne sont pas une pâture puérile. Elles ne sont pas une manière d’oublier le réel, mais de le nourrir. S’insinuer tendrement en elles c’est apprendre la liberté, éprouver le bonheur parfois douloureux de vivre. 

Henri Gougaud parcours :

 

La vie de saltimbanque, pour Henri, ça commence à la fin des années 50. Il " monte " à Paris, fait la manche dans les restaurants, découvre la « Rive gauche » et ses cabarets. Léo Noël l’engage à l’Écluse.

Il y partage la scène avec Christine Sèvres, Gribouille, Barbara, Marc et André... Climat exaltant. C’est une famille sans motivation commerciale, on y compose des chansons sur un coin de table en essayant de faire au plus beau.

 

Il n’est pas chanteur, mais homme qui chante. Nuance. Un jour il a l’occasion de proposer des chansons à Serge Reggiani, « Paris ma rose » est choisie. Quand les autres commencent à chanter pour lui, il cesse de se produire, car son désir est avant tout d’écrire. Jacques Bertin, Gribouille, Christine Sèvres, Juliette Gréco, Jean Ferrat, Lise Médini, Martine Sarri, Colette Mansard, Marc Ogeret  entre autres chanteront ses chansons.

 

Vient le grand vent de 68. En 1969 il crée avec des amis une maison d’édition, Bélibaste, qui publiera sa traduction des « Poèmes politiques des troubadours » et divers textes anarchisants comme les « Lettres de prison » de Rosa Luxembourg.

 

En 1973 il publie « Démons et merveilles de la science-fiction ».

 

Invité sur France Inter par Claude Villers pour présenter son livre, il débute avec lui une chronique de science-fiction (Pas de panique) et commence à raconter des histoires (Marche ou rêve).Viendront Le grand parler, puis Ici l’ombre, et Tout finit par être vrai. Des bibliothécaires lui demandent de venir raconter. De lui-même il n’y aurait peut-être pas songé. À partir de ce moment il décide de ne plus faire qu’écrire. Un recueil de nouvelles fantastiques (« Départements et Territoires d’Outre mort »). Des romans, des recueils de contes et de légendes, un Almanach.

 

Il conte, aussi. Ses soirées s’intitulent « Le grand parler », ou « Contes des origines ». Dans « Beau désir », il exalte, avec les contes dits « paillards », la jubilation de la vie. S’il se rattache à une lignée, c’est celle des saltimbanques, ces gens intemporels capables d’improviser une scène sur un bout de trottoir.

 

Libertaire définitif, il invente sa vie tous les jours. Il dit : « Les contes m’ont nourri toute ma vie, ils m’ont fait ce que je suis. Comment ont-ils fait ? Je l’ignore, c’est leur secret. »

Les contes sont peut-être les éveilleurs d'un savoir impossible à dire autrement.

" L’importance d’une parole se mesure à la place qu’elle prend durablement en chacun de nous, à ce qu’elle fait bouger en nous, à la terre intime qu’elle remue et fertilise. "Henri Gougaud